mercredi 31 décembre 2014

L'humilité du voyageur temporel

Comme au moins quelques-uns j'imagine, j'ai au moins plusieurs fois rêvé partir en prophète vers le passé, considérer l'ignorance des anciens et leur enseigner par avance des choses qui ne seraient établies que des éons et des éons plus tard. Ou bien, faire gagner des causes perdues en leur temps et donner ainsi à l'humanité une avance bienvenue.

Un homme de bonne volonté.

Ainsi, je m'imaginai revenu en 1632, assistant au procès de Galilée pour soutenir la thèse tant décriée de l'héliocentrisme (mes recherches venant de me prouver, comme si ça ne suffisait pas, que le véritable reproche de l'Église catholique n'était pas là).

<Galileo Galilei>11:25:32 Et pourtant elle tourne...
<Méchant_inquisiteur>11:25:49 Que marmonnez-vous dans votre barbe, vieux pédant savant ?

<Voyageur temporel intempestif[Tripoda]>11:26:22 Je vous prie de vous taire, pédéraste.
<Voyageur temporel intempestif[Tripoda]>11:26:47 Cet homme a raison.
<Méchant_inquisiteur>11:27:00 miroir pd
<Méchant_inquisiteur>11:27:05 Qu'est-ce qui me le prouve ?
<Voyageur temporel intempestif[Tripoda]>11:27:52 euh...
<Voyageur temporel intempestif[Tripoda]>11:28:01 je l'ai appris à l'école.


C'est là que je me rends compte que, non seulement mon avance ne fait pas de moi un homme intelligent, mais encore j'aurais envoyé au bûcher un homme intelligent.

mardi 9 décembre 2014

Cornus mas (Anecdote À Comprenne Qui Pourra #01)

Pourquoi le cornouiller mâle s'appelle-t-il le cornouiller mâle?
Parce qu'il a de grosses cornouilles.

Cette cornouille vient d'un monde extérieur

dimanche 30 novembre 2014

Petit paquet

Aujourd'hui sur le trajet d'une de mes promenades habituelles, entre autres rencontres marrantes

Bon goût
je découvris un petit paquet de matière plastique étroitement attaché à une branche d'arbre.

Le paquet était fait de plusieurs sacs imbriqués et roulés entourant une feuille d'aluminium.

 Le papier alu contenait ces quelques mots extraordinairement décevants.

Le feuillet déplié, on y voyait ces motifs d'encre diluée.


Je crois avoir détruit quelque chose qui ne devait pas être trouvé par moi. Faudra que j'invente un truc sur ce mode.

jeudi 20 novembre 2014

La page 26-septembre sur l'agenda éterna 1983

Aujourd'hui, une page d'autobio ; ça me permet de ne pas m'entretenir dans la vacuité, ou bien de m'enfoncer dedans. Considérez-la comme un selfie en petits caractères, il n'a de valeur que pour mon ego.


Je redoute à chaque fois cette inertie que l'agenda a en s'ouvrant, lorsque les pages se tournent contre ma volonté sous l'effet d'une reliure trop tendue et s'arrêtent sur le spectacle burlesque-sanguinolent, vieux de maintes années, de la page 2-octobre.* Les pédants voudraient bien y voir une volonté symbolique (s'ils viennent réellement fouiner ici, je prends la tangente) ; d'autant plus fausse que toute interprétation est l'exact inverse de la réalité des choses. Les pages de cet agenda, je les tourne laborieusement, au gré d'idées à dessein, oubliées et enterrées sitôt couchées en électrons. Ma transformation est achevée: le botaniste a pris le pas sur toutes les autres composantes, et tout ce que j'envisage d'ambitieux désormais concerne l'inventaire des géraniums.

Des musiques me donnent la profondément agréable sensation d'être inspiré ; sachant que ces images mentales se dissipent sitôt la piste arrivée à son terme, il ne s'agissait en fait que d'un trip.

De ce fait j'ai cessé de m'admirer, car à présent j'admire les autres (prospectivement, j'aurais dit: je vis à leurs dépens. C'est formellement égal.). Comment me placer au-dessus des interprètes de CS60?** Pas moyen, ce serait comme monter au-dessus de son deltaplane en plein vol. Il en est ainsi de tout.

J'achève mes derniers projets, avec une joie très ponctuelle. Cela fait, je pourrai continuer à profiter des autres en m'efforçant de ne pas trop penser au temps où je me posais en grand créateur et y mettais un peu des moyens nécessaires à mon auto-satisfaction. Rechercher à quelle espèce du genre Sedum appartient la plante grasse sur ma fenêtre me suffira désormais.***


Y a de la fainéantise dans le fait de parler de soi... ou bien, je dis ça pour donner l'impression de conclure?

-Ma gueule.




*C'est cette page.


**C'est eux.


***Ce n'est pas ça. J'avais tenté Sedum elegans mais c'est plus vraisemblablement une ornementale importée.

lundi 10 novembre 2014

Sur quels sujets être intarissable

-Titres de productions potentielles.
Je mesure le bonheur en joules ; Notre-Dame des Cônes ; Ongles party ; Chimie Purée ; CPPST et alii ; Le Premier Trust des Cocardes ; :dontfeed: [lrqln-update#1].

-La moralité de mes mauvaises lectures.
Celles que j'aime vraiment sont d'un raffinement sans égal, beaucoup d'autres sont débiles et outrancières.

-Les plantes vasculaires.
Plante-t-on des cistes dans les jardins?

-Une irrépressible envie de faire n'importe quoi, tout en étant dans la totale incapacité de le faire.
Toute tentative est décevante, je suis loin d'être le premier à le remarquer.

-L'absence et la vacuité!
Cette conclusion n'est pas pessimiste, car ce n'en est même pas une.


Le génie, c'est de quitter provisoirement le confort pour arriver à plus de confort.
Le non-génie étant de faire des private jokes avec soi-même pour se donner bonne conscience.

Aye aye.

Faites n'importe quoi

jeudi 6 novembre 2014

Le Véritable Album des Conspirateurs de l'Ère Contemporaine et de l'Histoire du Monde Libre (aka VAKECHM)

Le VAKECHM (outre une acrostiche malhonnêtement détournée) est un projet qui, comme à l'accoutumée, se poursuivra à une fréquence infiniment faible mais quasiment constante, l'abandon total et accidentel étant une possibilité à ne pas exclure (cf. Isoetes ongulata). Le premier dessin de la série, originellement destiné à illustrer une des lettres du prince Xavier, est daté de juin. Il y en a eu deux autres en tout et pour tout depuis lors. C't'une honte.

Les planches du VAKECHM illustrent avec maladresse et sincérité quelques grandes figures de la sphère intrigante. Le roi déchu Roberto des Attem (au centre), sa compagne, Yolande Youlank (à droite), et son homme de main favori, Achille (à gauche).


Le traître Keter de Sarcosie - aka, pour une courte période, Keter-Isoleucine - se pavanant devant un cycas.


Le premier grand trust des Cocardes, formé, de gauche à droite, de MM. Porcolant (aka Le Théoricien), Galerfled (aka L'inventeur du Système) et Tribalt (aka Juste le Plus Fort des Trois).


Comme vous pouvez le voir j'ai quelques problèmes de gondulations et de scan. Si dans le premier on pouvait encore croire à une atmosphère enfumée, chez Keter ça devient indécent. En revanche, les trois industriels s'en sont vus dispensés pour une raison que j'ignore, pourtant je craignais le pire en voyant leurs vestes brillantes comme des costumes à paillettes.


Pour toute information ou conseil technique, contactez Xavier Plorc à l'adresse qu'il a dû laisser quelque part.

vendredi 11 juillet 2014

Et le reste, et le reste

Parmi la multitude de doux complots qu'on nous déblatère à longueur de temps, en voilà un qui relève du scandale le plus sublime: comment un rebeu envahit la totalité des publications scientifiques (la main droite fulmine), tout en étant systématiquement relégué au second plan (la main gauche crie à l'injustice). Ce monsieur se prénomme Ali.

Un tour rapide dans une bibliographie usuelle suffira à se persuader du génie du grand homme: il apparaît aux côtés des plus grands auteurs, de tous horizons et de toutes consistances. Physique nucléaire, microbiologie, sciences humaines, il fait feu de tout bois et le plus souvent avec brio. Mais, toujours modeste, il n'est qu'un en-plus, un adventif. Humble qu'il est, son nom n'apparaît même jamais en entier.


Ouvrez votre revue scientifique préférée et vous mesurerez bientôt toute l'étendue de sa compétence.


Signé #T. de Kaulomachie et JR.

Comme Jean-Rachid.

mardi 24 juin 2014

Jouer, Guerre, Salsifis

Si je m'en vais en guerre contre la paix, cherchera-t-elle seulement à se défendre?

Que je déclare la guerre, et à la seconde même je serai sacré roi - le roi pour au moins quelques instants.

jeudi 12 juin 2014

Quai Rousseau

J'ai fait cette petite vidéo d'exploration pour le site CFTC. Sachant que son retentissement serait de toutes façons nul ou infinitésimal, autant la faire voir par ici aussi...


mardi 6 mai 2014

Camionnette d'un mannequin menacé

Il y avait un mannequin qui, après une longue tournée sur les routes d'Europe, avait décidé de stopper sa camionnette pour dormir un peu et faire le point sur le chemin parcouru.


Il s'était garé sur les quais, il n'a pas bougé du siège conducteur depuis.


Il semblait perturbé et mélancolique, ou du moins pas d'humeur à maintenir l'ordre sur son tableau de bord. Des fétiches reposaient sur la surface ou pendaient au-dessus d'elle.





En vérité, le mannequin n'était que panique et patience, perpétuellement menacé par une bouche à feu maintenue par une douloureuse entrave.




(Sans l'aimable autorisation du propriétaire de ce curieux bordel automobile.)

vendredi 11 avril 2014

Isoetes ongulata ssp. semperniger

 Ceci devrait comporter trois ou quatre mouvements, voici celui qui pourrait être soit le premier soit le troisième. Dans le cas très probable où le projet se verrait abandonné, il pourrait exister indépendamment.

Au milieu des parcelles de junkies éructantes et trébuchantes, il y avait un homme qui tenait droit. Son nom était Raoul et André, le drogueur.

Raoul et André glissait parmi eux avec à la main une mallette d'un noir lisse, d'un coin s'écoulait un noir visqueux. Autour de lui ils léchaient, les yeux rougis, les gouttes évadées. Il marchait vers le repaire de vieux routards du voyage immobile sis dans une cave noire voûtée, sous une enseigne faite de faisceaux de néons clairs.

Je l'attendais et n'allais pas avoir à me contenter des gouttes. Il poussa les opiacés et les tabagés, les cokiens et alcoolémites qui encombraient la table pour ouvrir sa mallette noir lisse.

Des Isoetes ongulata de la variété semperniger,  fraîchement pêchés dans les marais du délire, petites pelotes de rubans dégoulinants d'une humeur noir visqueux qui protégeait la chose du dessèchement et nourrissait l'imaginaire. Je recueillis la plante au creux de ma main gauche et suçai une des feuilles, je n'avais pas le choix puisqu'on me la tendait.

Le végétal saigné collait et ballottait dans ma paume. Les humeurs noires me donnaient l'impression d'être immergé dans un bassin de matières molles, et jusque sous les ongles et jusque dans le creux des gencives, partout cette pourriture magnifique et triomphante s'insinuait avec force, la morve sombre m'enivrait de rêves de suie et d'humidité.

Le drogueur se troublait, la salle aussi. Ma chaise me donnait l'impression d'être molle et j'enfonçai dans l'assise, et des taches noires parsemèrent les lumières. Le drogueur ricana. Non, le noir ricana. Dans la vase qui recouvrait maintenant ma vue, des songes se mettaient en place, et puis il se retira en me laissant seul devant un voile d'encre.

Un tunnel de gelée sombre, je parcourais les conforts bétonnés. Les faisceaux de matières molles serpentaient en cadence faible comme l'artère d'une horloge, ils m'indiquaient le bout du couloir où le sombre était plus clair. Je sortis dans une pièce ronde ou cardiée, une assemblée de choses diverses cadençait au milieu en agitant des faisceaux de griffes rigides.

Étiez-vous des drogueurs comme Raoul et André? Nous n'en étions plus, disiez-vous. Étiez-vous donc des rêves sans substrat? Probablement. N'aviez-vous donc aucune attache hors les conforts bétonnés? Aucune de connue, nous avions perdu le compte des mondes traversés. Pouviez-vous faute de mieux me rendre l'expérience agréable? Certes, répondiez-vous tout en vous pressant contre moi.

La plante visqueuse ballottait dans ma paume, les démons plantèrent des tubes rigides dans le substrat et, autour, dans les raies et je n'étais plus que fibres. L'assise était pâteuse maintenant, j'y enfonçais peu et grassement. Je me tirai vers la voûte.

Mais déjà la poisse noire s'éclaircissait et se faisait moins... poisseuse? Les griffes me retenaient encore, je me débarrassai de mes fibres. Les démons trébuchèrent en hurlant, au fond du bassin de matières molles, et je nageai vers la surface et j'émergeai un poing rouge, le gauche. La poisse déjà s'éclaircissait et se faisait plus fluide, elle se faisait huile de couleur et séchait en plaques carmin. Les griffes étaient derrière et je m'agitais dans la poisse rouge. Des mots! Tout en élevant le poing j'entendis des mots et une tache de lumière jaune.

Autotomie, Raoul et André, c'est bien ce que tu m'as dit? Autotomie, ce fut un beau voyage. Je sentais maintenant le creux de mes côtes, défait de toutes fibres et très creux. Autotomie, la poisse rouge s'écoule toujours, autotomie, semperruber.

Merci Raoul et André, ce fut un beau voyage.




 ____________

Pour une mise en forme orale: Étudier un croisement de ceci et de cela.

mardi 4 février 2014

Les tendances: la subdivision

Aujourd'hui: Épistémologie.



Ce n'est pas une question particulièrement évidente de prime abord: pourquoi classer le vivant? Ou autre chose, mais le vivant est un sujet que je connais.

De fait, cette question ne se pose pas. Personne ne se demande pourquoi la tomate est un fruit et non un légume, pourquoi les poissons, les reptiles et les polychètes n'existent plus: il ne s'agit pas de comprendre pourquoi, il faut le savoir et rien d'autre; c'est un dogme.
C'est que classer est une tendance naturelle et irrépressible de l'esprit, tout comme l'illusion du temps ou, dans une moindre mesure, la foi (foi en diverses choses diversement divines). On classe parce qu'il le faut. À ce sujet le prétexte le plus solide est l'organisation du savoir, qui permet un meilleur apprentissage: un arachnologue britannique utilisait à cet effet l'image d'une quincaillerie où les vis étaient classées en plates et rondes, puis en simples et cruciformes, puis en tailles. Je cherche une vis plate cruciforme de 22 mm: je vais au rayon des vis plates, à l'étagère des cruciformes, où elles seront probablement classées par ordre de taille.

En revanche, pourquoi faut-il qu'une seule de ces classifications s'impose en dogme et fasse passer toutes les autres pour des billevesées, je ne me l'explique pas. Pourquoi la tomate (je me répète) ne peut-elle être considérée comme légume dans son contexte culinaire. Peut-être, avançai-je avec mépris, que ces gens ne peuvent accepter que plusieurs classifications existent, chacune ayant son utilité. Parce que c'est bien utile de savoir que la tomate dans les cuisines occidentales se mange salée et plus souvent cuite.

Le cas des classifications dites scientifiques est plus complexe. Linné a été plus ou moins viré des délibérations, et on lui préfère désormais la classification phylogénétique du vivant née des théories de l'évolution: un groupe monophylétique, ou clade, ne peut se définir que par ce qu'il possède (caractères homologues à l'état dérivé, ou synapomorphies), et non par ce qu'il n'a pas. Ce qui explique que les reptiles et les poissons ne soient plus. Reptiles: sauropsides dépourvus de plumes (tous sauf les oiseaux); poissons: vertébrés dépourvus de membre charnu (tous sauf les dipneustes, coelacanthes, et les vertébrés dits "supérieurs" à partir des amphibiens). Ces deux groupes sont des grades, définis par une absence. Bien qu'en désaccord avec la nomenclature actuelle, ils sont loin d'être foncièrement impertinents. D'autres systèmes, comme les clés dichotomiques, ont l'intérêt de mettre la détermination d'une espèce à la portée de n'importe quel crétin d'étudiant comme moi tout en étant pour bonne partie phylogénétiquement fausses. De sorte que cela a tendance à choquer le profane lorsqu'elles touchent un domaine très général. Foncièrement fausses, certes, mais très pratiques.
La fausseté biologique de ce mode de classement (et non de la démarche) apparaît beaucoup plus floue dans les clés professionnelles.


La phylogénie moléculaire induit des classifications dans l'idéal dichotomiques, chaque clade ne comportant que deux sous-clades. Les tridents et autres râteaux sont bannis: un noeud représentant la subdivision d'une lignée en plusieurs, il est plus qu'improbable qu'un seul ancêtre donne au même instant t plus de deux descendants. C'est clair et pertinent.
http://tolweb.org/Terrestrial_Vertebrates/14952


En revanche, c'est rien moins que pratique. La multiplication des termes, tant pour les clades en eux-mêmes que pour les niveaux de classification, est démentielle. Linné avait défini sept niveaux en tout: règne, embranchement, classe, ordre, famille, genre et espèce; l'évolution aidant, on y ajouta les empires, tribus et sous-tribus, sous-classes, infra-classes, super-ordres, sections et tant d'autres. Par ce subterfuge, ceux qui se raccrochent à l'ancien système parviendraient facilement à une cinquantaine de niveaux; mais beaucoup de phylogénistes ne s'en donnent même plus la peine, le simple terme "clade" les recouvrant tous d'un coup.

Il en résulte que bien qu'étant la seule classification biologiquement pertinente et la seule enseignée en détail, la classification phylogénétique du vivant est la moins utilisée sur le terrain et probablement, de fait, la moins utile dans quelque domaine que ce soit.

Une phylogénie n'est en soi pas une classification, mais une étude des relations de parenté: il m'est donc avis qu'elle se suffit largement à elle-même, inutile d'en faire un système de boîtes (puisque d'autres systèmes existent au préalable et que leur confort d'utilisation n'est plus à démontrer).
En la considérant (bien que ce soit quelque peu inexact) comme un arbre généalogique, faisons une simple comparaison: peut-on classer nos ancêtres?
...On me rétorquera bien sûr que certains passionnés par le sujet distinguent facilement chez les leurs une branche flamande et une branche ouzbek... Et tout tombe à plat.



Source majeure: http://tolweb.org/tree/phylogeny.html
Un site que je pourrais appeler la Bible ou plus simplement Dieu.

jeudi 16 janvier 2014

Hippogallic

Voici Hippogallic. Il s'agit d'un personnage en travaux et pour l'heure éminemment vide qui devrait commencer à s'épaissir sous peu à travers un domaine qui m'accapare plus que de raison depuis pas loin d'un an et qu'un certain nombre, il me semble, considèrent avec mépris.


J'ai aussi ma fierté je dois dire, et à mesure que j'écris ces lignes, j'hésite à en dire plus. Pour compter employer ce portrait (avec quelques autres images bientôt faites) dans une Creepypasta particulièrement conséquente que j'ai en projet avec d'autres depuis un moment, je devrais savoir qu'il a tout du cliché. Un masque vide qui regarde dans le vide, et en noir et blanc pour faire genre blanc et noir, c'est on ne peut plus classique. Mais bizarrement, je l'aime bien et je lui réserve autant d'avenir que je lui puis offrir.



Quand on le fait au sens classique du terme, l'écriture d'un ou d'une Creepypasta est un exercice pénible, déroutant ou assez enrichissant. Il ne s'agit plus de littérature, et mes facilités de rédaction (assez pédantes lorsque non muselées) voient leur valeur réduite de quelques crans. On a même tout intérêt à les laisser au placard, certains allant même jusqu'à introduire sciemment des fautes de syntaxe pour plus de crédibilité. On se retrouve en fait faussaire, et ce, sur deux plans.

-La véracité. Le plus évident est que le lecteur doive croire à ce qu'il lit. C'est le plan canular; en vérité, la majorité sont prévenus que ce qu'ils lisent est faux, mais à force de persuasion, on finit toujours par faire naître l'ombre d'un doute dans un coin de l'esprit. J'irais même jusqu'à dire qu'un doute restreint est notablement plus déroutant ou horrifique qu'une crédulité aveugle.

-L'angoisse de synthèse. Le faussaire de sentiments connaît quelques processus de peur ou d'angoisse rudimentaires, tels la vallée dérangeante dont l'existence ne me semble plus à démontrer. Principe expliqué aux ignorants: plus une chose est proche de nous et plus ses imperfections nous apparaissent monstrueuses. Pour ce qui est des masques, Lévi-Strauss a tout dit et il ne me semble pas nécessaire de développer plus.



Le canular et les sentiments forcés ne sont bien sûr pas un art et n'ont pas à prétendre en être un, mais cette discipline sait au moins se montrer distrayante autant pour son lecteur que pour son faussaire; du moins, quand elle est conduite avec soin. J'ai aimé, fut un temps, lui donner une valeur autre en la qualifiant d'artisanat, mais ça ne me semble pas beaucoup moins faux quand on y réfléchit. Je n'irai pas nier que la lecture et l'écriture de ces machins me prend une bonne part de mon temps libre; pour autant, ce n'est pas un travail, et de ce fait, non plus un artisanat. J'essaie tant bien que mal de m'en persuader pour rester un tant soit peu attaché à l'étude de la biologie.
Du coup, il me semble aisé et pratique de dire que ce n'est rien. On évite ainsi les débats et on proclame avec fierté qu'on méprise cette fiction de caniveau, quand bien même c'est ce qu'on écrit de plus comestible.